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“La digitalisation permet de centrer le dispositif autour des besoins de l’apprenant” (Sylvain Vacaresse, Université Rennes-1)

Le domaine de la formation n’est pas épargné par l’injonction à l’innovation. Pour Sylvain Vacaresse, directeur des cabinets LearningSalad et Skillbar, et professeur associé à l’Université de Rennes-1 où il codirige le master 2 “Ingénieur en e-formation”, il faut recentrer la formation autour des besoins de l’apprenant. La digitalisation serait l’un des moyens d’y parvenir.

Le Quotidien de la formation – L’innovation en matière de formation passe-t-elle forcément par la digitalisation ?

Sylvain Vacaresse – La digitalisation est avant tout un outil, et non la révolution en elle-même. La vraie innovation, c’est qu’elle permet de centrer le dispositif autour des besoins de l’apprenant. Elle oblige à remettre en question le métier de formateur, de s’interroger : “Comment, en tant qu’offreur de formation, je suis capable de réorganiser toute ma logistique autour du digital pour proposer aux bénéficiaires une promesse qui a beaucoup plus de valeur ?” Il n’y a plus de sachants d’un côté et d’ignorants de l’autre. On change complètement d’état d’esprit, de “mindset” comme disent les Américains. Il s’agit aujourd’hui de proposer un écosystème de développement de compétences qui utilise les possibilités du digital dans lequel les formateurs sont des facilitateurs. Cela suppose un travail sur les compétences des formateurs.

QDF – Concrètement, comment la digitalisation permet-elle de centrer la formation autour de l’apprenant ?

S. V. – Dans mon cas, j’utilise une plateforme asynchrone pour proposer ressources et activités, un outils synchrone (classe virtuelle) pour la remédiation collective sur les productions à des heures où les apprenants sont disponibles. Je conserve également une part de présentiel pour la cohésion. La socialisation occupe une place importante dans la formation. “On apprend seul, mais jamais sans les autres”, pour citer le professeur Philippe Carré. Les badges numériques sont une autre piste intéressante. L’apprenant prend l’initiative de s’inscrire à une formation, puis certifie une compétence spécifique selon ses besoins. A la clé : une mobilité, interne ou externe à l’entreprise, facilitée et sans doute une meilleure rémunération.

QDF – Cette révolution de la digitalisation concerne-t-elle l’apprentissage de tous les métiers ?

S. V. – Tous, mais pas selon le même dosage. Si le domaine tertiaire est bien entendu concerné, notamment dans l’apprentissage des langues où le digital learning s’est développé très tôt, les métiers techniques ne sont pas en reste. Chaque métier manuel comporte une partie de savoir-faire théoriques mais aussi kinesthésiques, où un geste doit être pratiqué pour être maîtrisé. Le digital peut intervenir dans ce champ. Dans certains centres de formation d’apprentis du secteur de l’automobile, les élèves apprennent à peindre une carrosserie avec un casque de réalité augmentée et un pistolet à peinture dans les mains, devant une vraie voiture. Le système permet d’analyser le geste, sa bonne réalisation, et de recommencer autant de fois que nécessaire